Après la mort, aller vers la vie
Il m'a fallu des nuits d'angoisse et des jours sans lumière pour parvenir à faire ce choix. Difficile. Je suis sortie de la réa gynéco avec un triple deuil à cheminer: Mon enfant était mort, il fallait que j'apprenne à accepter de ne plus faire exister la mère que j'aurais voulu être pour Célestin, et en plus de tout cela, apprendre à me reconstruire en sachant que plus jamais je n'aurais d'enfant. C'en était trop, pour moi. Toute ma vie tendait vers ce but, je savais que j'étais faite pour éduquer un enfant, l'aimer, lui enseigner ce que sont toutes ces valeurs humaines qui sont si importantes à mes yeux, et qui feraient de lui un être sociable, sensible et respectueux. Sans cela, ma vie, pour moi, n'avait plus de sens... Alors, j'ai pris le clavier, et sans plus pouvoir m'arrêter, j'ai cherché, cherché et cherché sans relâche, ce qu'était cette terrible maladie de la grossesse qui m'avait arraché mon petit.Que pouvait-on faire pour changer les choses? Je me refusais obstinément à la fatalité, tant qu'on ne m'avait pas prouvé et dit clairement qu'il n'y avait aucun espoir. Les médecins se montraient réservés, et m'orientaient prudement vers "une façon differente d'être mère" (comprenez l'adoption), sans pour autant dire que les choses étaient impossibles. Parce que tout simplement, elles ne l'étaient pas. Avec certains risques, pour moi, pour le bébé... J'ai demandé: "Est-ce que je risque de mourir?" on m'a répondu "non, pas si on vous surveille correctement."J'ai longuement hésité.Et puis, au fil de mes recherches, la lumière se fait, je comprends le mécanisme de l'éclampsie, je trouve des témoignages de mamans qui ont retenté l'aventure et qui, pour la plupart, ont connu une issue favorable malgré une récidive et une prématurité très dure à supporter.
Petit à petit, je me "forme" médicalement. Je lis des articles de chercheurs en anglais, en espagnol. J'apprends le rôle, les faiblesses et les points forts des subtances médicamenteuses utiles ou dangereuses dans un contexte d'éclampsie. Loin de moi la prétention de mieux savoir que ceux dont c'est le métier. Simplement, agir de la sorte me permets aujourd'hui d'avoir un impact sur la façon et la qualité avec lesquelles on m'accompagne dans mon projet de grossesse. Aujourd'hui, il arrive à mon médecin "pilier" dans le suivi de ma future aventure de s'exclamer: "Voulez-vous ma place?!!" Avec un grand sourire, je lui réponds que j'aimerais, oui... Et dans ma tête tourbillonne alors l'atroce souvenir de ce jour maudit ou, ignorante et mourante, je réalisai que mon enfant était mort dans mon ventre sans que j'aie pu y faire quoi que ce fût. Parce que j'avais fait aveuglément confiance à un médecin trop laxiste, parce que jeune future maman, je ne savais rien ou pas grand chose de la grossesse. Après avoir serré mon fils dans mes bras, et lui avoir "dit au revoir", je me suis juré que je ferais tout pour savoir et agir.
C'est ce que je fais désormais. Et maintenant, je sais qu'il y a une cause à mon éclampsie. Que s'il y a une cause, on peut essayer de faire quelque chose pour que le pire abdique. Je veux me battre. La peur, souvent, me déchire les tripes. Mais je m'efforce d'accueuillir cette peur en moi et de m'en servir comme d'un moteur. Car derrière chaque peur, il y a un désir. Et là où il y a un désir, il y a une force. J'espère de tout mon coeur que cette force m'accompagnera tout au long de ma prochaine grossesse, pour enfin réaliser mon essentiel: Donner une seconde fois la vie ...
Par Poussière de Lune, Lundi 27 Novembre 2006 à 15:33 GMT+2 dans Donner une seconde fois la vie (article, RSS)
je viens de tomber sur ton blog et je ne peux tracer ma route.....
!!!! quand cet instant magique arrivera....





