L'histoire de Célestin
L'Amour ... La vie. Tellement, tellement d'Amour entre deux êtres qu'un jour, bien avant l'enfant, nait l'évidence. Toi, mon tout petit, mon Célestin, tu resteras certainement l'une de mes plus belles. Je me suis aperçu de sa présence très tôt, à peine 8 jours après ce merveilleux instant d'Amour entre son papa et moi."Il y a quelqu'un en moi!" Ai-je dit malicieusement à son papa. "Et c'est un garçon!" Ai-je ajouté, avec l'indubitable aplomb d'une mère. Il me rit au nez, m'appelle madame Soleil, et m'octroie sans grande conviction des dons de voyante... Peu m'importe. Mon enfant est là. Et tout ce que je sais, c'est que je l'aime.
C'est un si beau cadeau, cette vie en moi. Cela valait bien quelques efforts, quelques risques, quelques peurs ... Pour que Célestin grandisse en sécurité, j'ai accepté de tenter une experience unique: J'ai subi un sevrage complet de Liorésal On a remplacé le produit par du sérum physiologique, pour ne pas que le système de pompe se déteriore. Et puis, la douleur, la maladie, la dépendance sont revenus. Inexorablement. Je devais payer ce prix là pour avoir le privilège de donner la vie. Mais j'étais prête à tout supporter, pour sa vie et notre bonheur.
Ma grossesse se passe merveilleusement bien. Une seule ombre au tableau: un diabète gestationnel important, qui témoigne de l'intolérance de mon foie à la grossesse. Je fais pourtant attention à ce que je mange, je suis suivie par une nutritionniste. J'essaie de ne pas trop m'en faire, je m'accroche à mon régime, et à mes contrôles glycémiques. Le 5e mois se passe ainsi, rythmé par les consultations médicales. Il faut surveiller mon sucre, c'est important... Nous apprenons avec joie que j'attends un petit garçon ... Eh oui! J'avais raison!!! Au début du 6e mois, je me retrouve avec des oedèmes des membres inferieurs, comme je ne marche pas, la circulation sanguine avec la grossesse est encore plus mauvaise. Mon medecin ne s'inquiète pas, j'ai une visite gyneco toute proche. 15 jours s'écoulent, sans souci. Je pense à mon "petit Soleil" qui s'agite et fait des pirouettes, me montre qu'il aime le sucre, mais pas les glaces! Il me donne des coups, j'aime profondément le sentir. Je lui raconte "Le petit Prince" et lui met de la musique, je le caresse, il me répond ... Ensemble, nous tissons ce lien unique et infini ...
Soudainement, un soir, je suis prise d'une violente douleur dans le dos qui me fait une barre à l'estomac ... Je souffre terriblement et je pleure en suppliant le papa de Célestin d'appeler mon kiné en urgence. Celui-ci arrive, et me soulage presque immédiatement. Il pense à une nevralgie intercostale, m'indique le repos, du chaud sur la zone douloureuse, et une prise systematique de paracétamol. Le jeudi suivant cet incident, j'ai rendez-vous pour un doppler uterin, cet examen se passe parfois en deux fois. C'est mon cas. Lors de cette première visite, je signale ma "névralgie", ma douleur. Les nuits sont courtes je souffre et je suis épuisée. On me dit "Ca va passer, ça arrive quand on est enceinte..." La sage-femme me fait le doppler,il vaut mieux revenir une seconde fois, car, si elle n'a rien vu d'anormal, elle prefère refaire une visite pour tout revoir en détail, mon échogénécité étant très mauvaise. Je souffre toujours. Le mardi suivant, J'ai rendez-vous chez mon gynécologue. Je lui signale ma douleur, et puis, je lui dis que je me sens gonflée. "C'est normal, vous avez pris du poids" (entendez là d'après le ton: si tu t'empiffrais moins, ça irait mieux). Nous faisons l'écho assise, car je me sens incapable de grimper sous la table. Tout va bien. Je rentre à la maison fatiguée, mais rassurée. Nous sommes jeudi. J'ai à nouveau rendez-vous avec l'écho doppler. J'ai toujours mal, et je le dis. A l'écho doppler, mon petit bonhomme se manifeste, grandit et devient fort. Seule ombre au tableau: mes artères utérines montrent une résistance autant pour la droite que pour la gauche, ce qui signifie que les échanges se font moins bien. Je suis inquiète, mais on me rassure, en me disant que c'est classique à la 27e semaine, que l'on commence à s'inquièter à 30, et que, comme par ailleurs tout va au mieux, pas de souci. Après des paroles comme celles-ci, je repars confiante. Le lendemain, j'urine très peu, couleur "coca-cola". Je suis très inquiète, j'appelle mon gynéco, il me prescrit un examen d'urine en urgence, pour verification d'une éventuelle infection, mais tout est normal. Je dois juste boire plus (Je bois déja 2 litres) car Célestin me "pompe" mon liquide.
Pourtant, moi, je ne me sens pas bien, j'ai toujours mal à cause de cette fichue névralgie, je me sens fatiguée. J'ai de la fièvre et je tousse, nous sommes dimanche, le medecin vient demain ...Je me dis que j'ai la grippe. Célestin bouge moins, mais je suis fièvreuse, alors je suppose que c'est cela qui le calme un peu. Je me couche inquiète.Le lendemain matin, les coups de pieds de Célestin, toujours si enjoués d'ordinaire, ne me réveillent pas. Je suppose qu'il dort. Je me sens mal, et je me repose, lorsqu'en début d'après-midi, on sonne à la porte, plusieurs fois comme s' il y avait urgence. "Ca doit être le medecin", me dis-je. Je décroche tant bien que mal, c'est un ami qui a un problème, et qui me demande si je peux l'accueillir. A l'interphone, je lui dis que non, que je suis malade et que j'attends le médecin. Puis brusquement, tout se brouille. Le noir. Je me réveille sous mes urines et mes excréments ... Heureusement, mon ami Florent, ne m'entendant pas répondre, est monté entre temps. Je préviens mon amour au travail avec le portable de Florent. Celui-ci arrive affolé. Quelques minutes plus tard, le médecin arrive. Il est très inquiet. J'ai 18/12 de tension. Et je vois, lorsqu'il écoute le coeur de Célestin au stéthoscope que rien ne se passe. Il m'envoie d'ugence à la maternité de niveau III où je suis suivie. Arrivée là-bas, j'ai terriblement mal à la tête et je vomis. La sage-femme me pose le monitoring. Et là
Comble de l'horreur
Le seul battement cardiaque qu'on entendra sera le mien. La sage-femme s'y reprendra à plusieurs fois, consciencieuse, inquiète. MAIS RIEN.
Elle revient quelques secondes plus tard, avec à ses côtés un homme grand et calme vêtu de bleu. C'est le gynécologue de garde. Il allume l'échographe, cherche, écoute de tout son être. Mais on n'entend que le ronron battant de la machine ... Il se tourne vers moi, son regard franc et clair percuté de tristesse. "J'ai une mauvaise nouvelle pour vous: Le coeur du bébé ne bat plus ..." Tout bascule. Le monde tourne, le temps jubile, accroché à la nuit. Mon enfant est mort. Mon Amour explose en larmes et s'agrippe à ma peau comme un noyé à la dernière branche. Je suis ailleurs et ici, la douleur est si vive que je ne sens plus rien. Elle me rend imperméable à tout sentiment. Je pleure à peine, et mes premiers mots seront: "Je n'ai pas réussi. Je suis désolée, mon Amour". La sage-femme qui m'a fait le monitoring pleure. Elle est belle, touchante. Tout son coeur qui palpite dans ses yeux semble me demander pardon. Je lui dis "Ne vous en faites pas, c'est la vie ..." Et gracieusement, blottie dans sa beauté de femme, elle s'en va.On nous laisse seuls, juste un peu, pour être face à la vie devant la mort. Mais pas trop longtemps. Il faut faire vite, parce que moi aussi, je vais peut-être mourir ... Le docteur bleu m'explique ce qui m'arrive: "Vous faites une dysgravidie sevère, une éclampsie." Je comprends un peu, mais je suis si mal que mes pensées sont floues. On s'occupe de moi, on m'écoute, on me parle, on me dit que non, je ne vais pas mourir, que les médecins qui s'occupent de moi sont les meilleurs. J'ai peur. Je pars au bloc sans embrasser mon trésor, je suis terrifiée à l'idée que ce baiser soit le dernier ....
Je me réveillerai en réa. Avec la vie en moi. Avec la mort en moi. L'empreinte fragile et inéluctable de ce sempiternel paradoxe: Vivre, c'est forcément connaitre un jour la mort. La sienne, celle des autres. Il arrive que parfois, la mort prenne place prématurément au sein d'une vie. C'est ce qui est arrivé à Célestin. Sa courte vie de tout petit homme fût pleine d'Amour, d'espoir, de chaleur. Je l'ai bercé de mon coeur, je l'ai soigné, je l'ai aimé. J'ai été sa maman. Son papa a fait de même. L'Amour qui nous unit tous les trois est un fil incassable: Nous sommes ses parents. Parce que nous l'avons soigné et aimé. Parce que jamais nous n'avons douté de sa force et de sa beauté. Je suis une maman d'éternité. Rien ni personne ne pourra changer cela. Et par sa toute petite vie, Célestin m'a appris la grandeur de l'essentiel: Vivre, c'est se donner les moyens d'être heureux....
Par Poussière de Lune, Mardi 11 Juillet 2006 à 17:42 GMT+2 dans Célestin, mon enfant, ma lumière ... (article, RSS)








